Sociologue de formation et professeur d’Université de profession, il est actuellement professeur retraité associé au département de sociologie de l’Université Laval et membre fondateur (1986) d’un collectif de recherche.
Il est arrivé au Bas-Saint-Laurent en 1989, où ses enfants ont eu le temps de faire des racines qui les garderont attachés où qu’ils aillent, et il est devenu résident permanent en 2012. Il y a des pays et des paysages qui vous envahissent et qui vous soutiennent loyalement si vous consentez à les entretenir du regard.
Il a été sensibilisé à la question environnementale par le smog, les pluies acides et le trou de la couche d’ozone, comme tout le monde de son âge, et il l’a été à la question de l’indépendance du Québec par sa famille, comme plusieurs. Le Canada, qui ne peut plus être pour nous (au meilleur des cas) qu’un mauvais partenaire politique, sera un voisin raisonnable et un allié par la force des choses, mais une fois mis à distance. Il devient chaque jour plus résolument pétrolier, ce qui inflige le mal hollandais à notre économie. À l’instigation de puissances économiques qui préparent la guerre pour régler leurs problèmes, il veut s’enrichir en consacrant 5% de son PIB à l’armement, une stratégie que le pacifisme québécois a récusée à plusieurs reprises. Il a été depuis toujours le principal protecteur des entreprises minières, des entreprises d’autant plus rentables que le droit de polluer leur est garanti. Il devient sous nos yeux le refuge du grand capital financier excité par la guerre tarifaire, une valorisation de la devise canadienne qui elle aussi nuit à notre économie de petites et moyennes entreprises. Il veut mettre en commun notre hydro-électricité, c’est-à-dire se l’approprier. Ce pays d’origine loyaliste, royaliste, impérialiste et conservatrice s’est approprié le castor des Autochtones, la feuille d’érable des sucreries, l’O Canada des Canadiens français, et il chante maintenant qu’il est « patriot » sans savoir ce qu’il dit. Le Canada est un gigantesque problème identitaire, et il devra finir par sortir de la jalousie et régler ce problème par lui-même. On espère pour lui qu’il ne lui restera pas que les fortunes accumulées grâce à l’extraction des ressources naturelles pour faire société.
La crise climatique redéfinit maintenant et aggrave tous les défauts de notre dépendance politique. 1) L’adaptation obligatoire aux changements climatiques (qui s’aggraveront) reposera exclusivement sur l’action de ceux qui habitent les milieux touchés, c’est-à-dire sur nous-mêmes. Pour mettre en place les mesures de sécurité publique et les politiques sociales nécessaires à cette adaptation, les Québécois auront besoin d’être maîtres de tous leurs moyens financiers et législatifs. Nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens pour rendre plus robuste et plus juste la suite du monde social dont nous avons la responsabilité. 2) Dans la lutte visant à décarboner le plus possible la consommation énergétique, le Québec devra faire alliance avec des pays de bonne volonté afin de faire collectivement pression sur les États voyous sur le plan environnemental, y compris sur le Canada. À cause de la crise climatique, il devient de plus en plus urgent de signer tous nos traités, de percevoir tous nos impôts et de faire toutes nos lois; pour faire partie de la solution plutôt que du problème, nous devons, par exemple, rester maîtres de notre électricité pour éviter qu’elle serve à blanchir des activités absurdes ou dangereuses et pour en orienter les revenus vers les Québécois et vers les communautés locales qui en hébergent les installations.
Martine Ouellet fait partie du 1% du 1% des lanceurs d’alerte qui, de longue date, ont mis en lumière les conséquences sociales des dégradations environnementales et elle s’est consacrée depuis lors à concevoir, d’une manière cohérente et systématique, et sur la base de sa grande expérience du domaine de l’énergie, les mesures qu’il faut MAINTENANT mettre en place pour y faire face. C’est un honneur pour lui que de contribuer, à la mesure de ses moyens, à la faire entendre, elle et tous ceux et celles qui l’ont devancée sans avoir besoin d’être en avance sur leur temps pour regarder au bon endroit.