Notre programme

Adopté au Congrès de fondation

le 23 avril 2022

Table des matières[1]

Introduction. 3

Chapitre 1 : Diminuer les émissions de GES des secteurs industriels, commerciaux, institutionnels et résidentiels 5

Chapitre 2 : Diminuer les émissions de GES du secteur des transports 7

Chapitre 3 : Diminuer les émissions de GES de l’agriculture et de la gestion des déchets. 9

Chapitre 4 : La forêt à la rescousse du climat 12

Chapitre 5 : Mieux d’État pour répondre à la crise climatique. 15

Chapitre 6 : La République du Québec sera un pays chef de file dans la lutte mondiale contre la crise climatique  23

Introduction

Les beaux discours sur les changements climatiques ne mènent nulle part tant qu’ils ne sont pas suivis par des actions concrètes et coordonnées. Avec le retard qu’a pris le Québec et bon nombre de pays, dont le Canada tout particulièrement, il n’est plus question de petits ajustements à la marge, mais plutôt de changements draconiens tant sur le plan technologique et économique que sur le plan de nos habitudes de vie individuelles et collectives.

Depuis sa fondation, Climat Québec s’est positionné très concrètement en faveur d’une action immédiate pour faire face à l’urgence climatique. Plusieurs documents et prises de position à cet égard sont disponibles sur le site internet de Climat Québec, dont :

  • Le texte fondateur de Climat Québec
  • La Déclaration d’urgence climatique
  • La Démarche pour la création de la République du Québec

Le programme du parti viendra détailler les actions à mettre en place dans un premier mandat d’un gouvernement de Climat Québec de la toute nouvelle République du Québec.

Le portrait des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec se distingue de la majorité des pays. Pour un très grand nombre de pays, la production d’électricité à base de gaz naturel, de pétrole ou de charbon constitue la principale source d’émission de GES. Au Québec, avec notre électricité verte de source hydraulique et éolienne, notre production d’électricité n’émet pratiquement pas de GES. Néanmoins, cela ne veut pas dire que nous n’avons pas beaucoup à faire. Avec l’importance de notre secteur industriel lourd et la proéminence de nos transports, notre empreinte carbone par habitant est plus élevée que les pays d’Europe incluant les pays nordiques.

Il est aussi important de mentionner que pour les émissions de GES issues du gaz naturel, les indicateurs utilisés sont les anciens indicateurs qui réfèrent à une exploitation du gaz naturel conventionnel soit dans une grande poche de gaz de la couche rocheuse. Aujourd’hui, au Québec et aussi de plus en plus à travers la planète, le gaz naturel consommé est majoritairement issu du procédé non conventionnel par fracturation qui émet énormément plus de méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est 80 fois plus élevé que celui du CO2 sur une période de 20 ans qui est la période critique sur laquelle il faut agir. Selon les études de l’Université de Cornell, il s’agit d’une source d’énergie pire que le charbon. Malheureusement, cette distinction n’est pas encore considérée dans les indicateurs mondiaux.

Le plan d’action de réduction des GES du Québec doit donc être collé à notre réalité qui est différente de celles des autres pays. Les chapitres 1 à 3 du programme présentent quantitativement d’abord les gisements de réduction de GES les plus importants et accessibles dans les secteurs industriel, commercial, institutionnel et résidentiel pour ensuite aborder les secteurs des transports, de l’agriculture et de la gestion des déchets.

En plus d’agir sur le volet de la réduction des GES, il est essentiel d’agir pour stocker et séquestrer le carbone. C’est l’objet du chapitre 4 avec « La forêt à la rescousse du climat ».

La crise climatique commande des actions fortes que seul un État a le pouvoir de mettre en place. Après des années de déconstruction de l’État sous divers prétextes tout aussi fallacieux les uns que les autres, nous aurons la tâche de le reconstruire dans une perspective de « Mieux d’État », sujet du chapitre 5.

Finalement, la crise climatique étant un enjeu planétaire, la République du Québec agira sur la scène internationale pour apporter sa contribution aux autres pays qui pourraient bénéficier de son savoir-faire, c’est le sujet du chapitre 6.

Chapitre 1 : Diminuer les émissions de GES des secteurs industriels, commerciaux, institutionnels et résidentiels

Les secteurs industriels, commerciaux, institutionnels et résidentiels représentent près de 40 % des émissions des GES du Québec, soit 33 Mt éq. CO2 (million de tonnes équivalent CO2).

Les usines québécoises sont responsables de 29 % des émissions de GES au Québec. Le Québec gagnerait sur tous les plans à moderniser son secteur industriel. C’est pourquoi nous proposons de se doter d’usines plus efficaces au niveau énergétique et moins polluantes en remplaçant les combustibles fossiles par des énergies renouvelables. Cela nous permettra de gagner grandement en productivité et en capacité concurrentielle à l’échelle mondiale tout en créant des emplois. C’est un secteur où il est relativement facile d’agir puisque des interventions, gouvernementales et de sociétés énergétiques, ont lieu depuis déjà plusieurs années et que le ciblage des usines les plus polluantes permettra de réaliser une bonne partie des diminutions de GES.

Les commerces et les institutions sont responsables de 5,8 % des émissions de GES soit 4,93 Mt éq. CO2. Bien que le nombre de commerces et d’institutions soit beaucoup plus grand, les technologies à remplacer sont plus simples. Ainsi, ce secteur représente une voie évidente par laquelle diminuer nos émissions de GES. Du côté résidentiel, le secteur représente 4,1 % des émissions de GES, soit 3,5 Mt éq. CO2. Un potentiel facile de diminution des émissions de GES, notamment en mettant fin à l’utilisation du mazout pour le chauffage.

Un gouvernement de Climat Québec dans un premier mandat :

Pour le secteur industriel

  1. Obligera les industries à diminuer de façon drastique et rapide leur émissions de GES avec des mesures contraignantes : 
    1. Réalisera en collaboration avec chaque usine un bilan du potentiel de diminution des émissions de GES ;
    1. Augmentera l’efficacité énergétique des procédés et des systèmes ;
    1. Remplacera le pétrole et le gaz pour les systèmes de chauffe et les procédés industriels par l’électricité verte et d’autres énergies renouvelables ;

Pour les secteurs commerciaux et institutionnels

  1. Obligera les commerces et les institutions à atteindre zéro émission avec des mesures contraignantes :
    1. Réalisera en collaboration avec les commerces et les institutions un bilan des potentiels de diminution des GES ;
    1. Augmentera l’efficacité énergétique des systèmes ;
    1. Remplacera le chauffage au mazout et au gaz naturel par l’électricité verte, la géothermie et le solaire passif.
    1. Obligera des toits verts ou blancs dans les nouvelles constructions et favorisera la conversion aux toits blancs ou verts dans les établissements déjà construits.

Pour le secteur résidentiel

  1. Obligera le secteur résidentiel à éliminer ses émissions de GES et à se convertir aux énergies vertes et renouvelables :
    1. Augmentera l’efficacité énergétique des résidences ;
    1. Mettra fin à l’utilisation du mazout pour le chauffage et le remplacera par de l’énergie verte et renouvelable ;
    1. Remplacera le gaz naturel par de l’énergie verte et renouvelable ;
    1. Favorisera l’utilisation du solaire passif ;
    1. Encouragera les toits blancs ou verts.

Chapitre 2 : Diminuer les émissions de GES du secteur des transports

Le secteur des transports est responsable de 43,3 % des émissions de GES au Québec. Le transport routier en constitue le grand responsable, que ce soit l’automobile, les camions légers ou les véhicules lourds. Notons que le Québec compte plus de cinq millions de véhicules routiers, dont 130 000 électriques (février 2022), soit environ seulement 2,6 %. Il est donc essentiel de favoriser le transport collectif afin de réduire le transport individuel et la multiplication des automobiles, même électriques. Le transport individuel encourage la surconsommation, augmente la production de déchets, cause la congestion de nos routes et leur décuplement ce qui entraine encore plus de pollution considérant le béton et le bitume qu’elles nécessitent pour leur construction et leur entretien.

L’avenue la plus prometteuse est l’augmentation de l’offre et de l’utilisation du transport collectif. De plus, le secteur du transport en commun est très structurant pour le Québec. En effet, les équipements sont souvent fabriqués ici et notre expertise en la matière est reconnue à travers le monde. De plus, ce secteur génère des avantages collatéraux, car pour être efficace, une meilleure planification urbaine ainsi qu’une densification autour des points de service est nécessaire. Une autre avenue efficace est le télétravail. On l’a vu avec le confinement relié à la pandémie 2020-2022 et ses bienfaits sur l’environnement.

Un gouvernement de Climat Québec dans un premier mandat

Pour le transport en commun

  • Offrira le transport en commun local et régional gratuitement pour réduire les émissions de GES et l’utilisation de l’automobile ;
  • Investira massivement pour accroître l’offre de transport en commun ;
  • Augmentera les places de stationnement réservées au covoiturage ;
  • Électrifiera l’ensemble des autobus scolaires ;
  • Électrifiera l’ensemble des autobus municipaux ;
  • Électrifiera les trains de passagers ;
  • Électrifiera la flotte de taxis ;
  • Développera le projet de « monorail suspendu » afin de confirmer sa faisabilité technique et sa rentabilité économique et préparera un vaste plan de déploiement pour relier les régions du Québec, si les résultats sont positifs[2] ;
  • Développera un projet tel que « Nomade » de l’Institut du véhicule innovant d’auto électrique en libre-service 100 % québécois.

Pour le transport individuel

  • Mettra en place un maximum de mesures pour encourager le transport actif à vélo et à pied ;
  • Mettra en place une vraie loi « zéro émission » contraignante pour les concessionnaires comme cela se fait dans plusieurs états des États-Unis ;
  • Révisera la taxe de vente sur les véhicules afin de la moduler en fonction des GES émis tout en gardant la même assiette fiscale ;
  • Augmentera l’enveloppe globale pour l’aide financière à l’achat d’un véhicule électrique et à l’installation de bornes électriques afin d’électrifier le maximum de véhicules ;
  • Financera une initiative de disposition des vieux véhicules en s’inspirant de l’ancien programme « Faites de l’air » ;
  • Renforcera le programme d’inspection des véhicules avec des normes plus exigeantes ;
  • Fera la promotion du télétravail et le soutiendra financièrement.

Pour le transport de marchandises

  • Électrifiera les camions légers en ciblant particulièrement les propriétaires de flottes et en favorisant la production locale ;
  • Réalisera une étude sur l’empreinte climatique du transport de marchandises par camion, train et bateau/cargo afin de déterminer les meilleurs scénarios de transport et les alternatives possibles au combustible fossile.

Chapitre 3 : Diminuer les émissions de GES de l’agriculture et de la gestion des déchets

Les activités en agriculture en 2019 ont généré des émissions de 7,78 Mt éq. CO2 à parts à peu près égales pour la fermentation entérique (processus de digestion des animaux conduisant à la production de méthane), la gestion des fumiers et la gestion des sols. Excluant la fermentation entérique, les émissions en agriculture ont augmenté de 32 % depuis 1990.

Selon un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture[3], les productions de viandes qui émettent le plus de GES sont le bœuf (produire un kilogramme de viande de bœuf émet 27 kg de GES) et l’agneau (un kilogramme de viande pour 39 kg de GES). En comparaison, les productions de porcs (12,1 kg de GES), de dindes (10,9 kg de GES) et de poulets (6,9 kg de GES) émettent beaucoup moins de GES. Dans l’ensemble, manger moins de viande est un atout pour la santé ainsi qu’une façon de diminuer la production globale de GES.

La gestion des déchets pêle-mêle produit 6,58 Mt éq. CO2 par année principalement au niveau des émissions de méthane découlant de la dégradation des matières organiques résiduelles dans les sites d’enfouissement.

Un gouvernement de Climat Québec dans un premier mandat

Pour l’agriculture et l’alimentation

  • Développera et implantera une meilleure gestion des sols et des fumiers en travaillant avec une équipe d’agronomes indépendants relevant exclusivement du ministère de l’Agriculture et d’agriculteurs afin de réduire le plus possible les émissions de ce secteur, en particulier avec la biométhanisation des lisiers et fumiers et des matières résiduelles de l’industrie agroalimentaire ;
  • Développera la production locale d’aliments afin de réduire la chaîne d’approvisionnement et donc les émissions de GES ;
  • Favorisera le chemin le plus court entre l’agriculteur et le consommateur tant par l’achat local dans les épiceries que par l’appui aux marchés d’agriculteurs saisonniers dans les quartiers et les villages ;
  • Appuiera la production de légumes à l’année au Québec avec des projets de serres urbaines et rurales afin de diminuer le plus possible nos importations et donc notre empreinte carbone ;
  • Évaluera l’impact du réchauffement climatique sur les types de cultures et agira en conséquence ;
  • Évaluera l’impact du réchauffement climatique sur la présence de nouveaux ravageurs de cultures et agira en prévention et en correction ;
  • Agira pour maintenir l’agricultrice et l’agriculteur propriétaire et contrer l’accaparement des terres ;
  • Interdira le glyphosate, connu sous le nom de Roundup, et les néonicotinoïdes, insecticides systémiques, bien connus pour leurs effets néfastes sur les pollinisateurs d’où leur surnom de « tueurs d’abeilles », et les remplacera par des alternatives écologiquement viables ;
  • Considérera l’utilisation des pesticides, insecticides, herbicides et fongicides en agriculture avec la même rigueur que l’utilisation des antibiotiques en médecine.  Créera un barème quant à leur utilisation basée sur les meilleures données probantes en matière d’agronomie et d’environnement. Leur utilisation ne doit pas être proposée de manière systématique ;
  • Réalisera une campagne d’information et de sensibilisation pour favoriser la lutte intégrée plutôt que l’utilisation de pesticides comme premier recours ayant comme public cible la population générale ;
  • Assurera un suivi et un contrôle auprès des gros vendeurs de pesticides afin de freiner leur utilisation comme outil de contrôle des ravageurs ;
  • Misera sur le développement de l’agriculture durable, en favorisant la lutte intégrée, tout en soutenant les producteurs dans la transition ;
  • Rendra obligatoire l’étiquetage des organismes génétiquement modifiés (OGM) ;
  • Favorisera l’agriculture biologique ;
  • Encouragera la création de fermes de petites tailles (par exemple 101 poules et moins) ;
  • Reverra les circuits d’abattage animalier pour réduire le transport des animaux et réduire leur stress ;
  • Proposera un comité d’éthique sur l’exploitation animale pour déterminer les conditions de vie minimales nécessaires pour assurer le respect des animaux ;
  • Soutiendra financièrement les agricultrices et agriculteurs qui souhaitent convertir leur élevage et se tourner vers l’agriculture ;
  • Tiendra le compte des produits alimentaires fortement importés et consommés par les Québécois et dont notre climat permettrait la production pour guider les agriculteurs dans leur choix de productions et favoriser les circuits courts ;
  • Réduira notre consommation de viande, entre autres, en demandant la présence d’un choix végétarien dans les cafétérias et les cantines des écoles, des CPE, des résidences pour personnes âgées, des hôpitaux et des centres de soins. Encouragera ces mêmes établissements à adopter une journée végétarienne par semaine ;
  • Incitera les grands distributeurs alimentaires à prévoir et appliquer une deuxième vie aux produits alimentaires périssables invendus notamment par la collaboration avec des cuisines collectives ;
  • Créera des entrepôts alimentaires permettant une redistribution fluide et sécuritaire des surplus de nourriture par les organismes communautaires du milieu. Le manque de frigos et de congélateurs est un frein à la distribution d’aliments périssables par des OBNL. Demander une diminution du gaspillage de masse ne sera pas possible sans une meilleure planification du stockage des surplus d’aliments ;
  • Créera un guide alimentaire québécois basé sur les meilleures données probantes prenant en compte les aspects nutritionnels, psychologiques, culturels et environnementaux d’une saine alimentation.

Pour la gestion des déchets

  • Obligera tous les sites d’enfouissement à capter le méthane issu du processus de digestion des déchets et à produire du biogaz afin de réduire de façon importante les GES du secteur de la gestion des déchets en appui à la production agroalimentaire prioritairement.

Chapitre 4 : La forêt à la rescousse du climat

La forêt doit devenir un pilier de la lutte aux changements climatiques. Ses capacités de séquestration et de stockage du carbone en font une alliée incontournable. De plus, elle est une source de biodiversité de la flore et de la faune qu’il faut chérir. Elle touche à notre âme par sa beauté et sa sérénité.

Comme dirait Richard Desjardins, « la forêt, c’est pas juste une cour à bois de compagnie »[4]. Elles sont énormément plus que cela. Selon l’étude du Dr Jay Malcolm, professeur au département des sciences physiques et environnementales de l’Université de Toronto, publiée dans Climatic Change[5], les forêts naturelles intactes contiennent plus de carbone que les forêts exploitées. C’est grâce à leur capacité de stocker et séquestrer le carbone que nos forêts servent ni plus ni moins de régulateur climatique. Elles sont des alliées naturelles et essentielles dans notre lutte au réchauffement climatique. 

Il n’y a pas que les forêts tropicales qui ont un impact important sur le cycle du carbone. Les forêts boréales sont également de véritables boucliers climatiques. Greenpeace avance que :

« la véritable force de la forêt boréale tient à son pouvoir d’accumuler et de conserver d’énormes quantités de carbone, principalement dans le sol. En fait, les forêts boréales stockent plus de carbone que toutes les forêts tropicales réunies ! Dans la lutte contre les changements climatiques, ce grand réseau d’arbres et de milieux humides travaille sans relâche pour nettoyer l’air que nous respirons »[6].

La forêt sert également de régulateur du cycle de l’eau et elle protège la biodiversité faunique et de la flore. La forêt est également une source de détente, de ressourcement et de calme. Elle est à la base du patrimoine culturel autochtone et elle constitue un attrait touristique de plus en plus prisé. Finalement, la forêt est une source d’approvisionnement alimentaire, c’est ce qu’on appelle la forêt nourricière.

Ainsi, il est essentiel de conserver des forêts intactes, particulièrement les vieilles forêts. Il faut revoir de fond en comble nos pratiques forestières pour considérer à leur juste valeur les arbres debout. Leur contribution phénoménale à la lutte aux changements climatiques est documentée et quantifiée par les experts. Il est plus que temps que ces données scientifiques soient prises au sérieux et qu’elles soient intégrées dans l’ensemble du processus décisionnel.

Lorsque l’on décide de couper les arbres pour alimenter l’industrie du bois, nous avons la responsabilité de nous assurer de la meilleure utilisation possible de cette ressource collective et très précieuse. La forêt est une ressource renouvelable lorsque bien gérée et contribue positivement à la lutte aux changements climatiques par son stockage de carbone. Maximiser les retombées locales, tant par la transformation en valeurs ajoutées ici au Québec que par la consommation locale, est une autre façon de contribuer à diminuer l’impact du réchauffement climatique.

Au Québec, 90 % de la forêt est publique. Elle appartient donc à tous les citoyens. On peut se féliciter collectivement d’avoir maintenu la propriété publique de ce patrimoine extraordinaire ce qui nous donne les moyens aujourd’hui de choisir de faire les choses autrement. 

Un gouvernement de Climat Québec dans un premier mandat

Pour que la valeur des forêts et des arbres face à la crise climatique prévale systématiquement

  • Constituera une nouvelle équipe au sein du ministère dont la mission est de créer et ensuite de maintenir à jour une cartographie des valeurs climatiques (séquestration et stockage du carbone) et écosystémiques (diversité de la faune et de la flore, activités touristiques, acéricoles, chasse et pêche) du territoire forestier en s’inspirant de ce qui a été réalisé pour le mont Kaaikop[7], et ce, sur un horizon de trois ans pour le territoire soumis à la coupe forestière ;
  • Créera un programme pour les municipalités pour reverdir systématiquement les villes afin de contrer les îlots de chaleur.

Pour une protection accrue des milieux forestiers du Québec

  • Réévaluera les 83 projets d’aires protégées afin de les accepter et ajoutera de nouveaux projets pour atteindre une protection de 30 % du territoire ;
  • Protégera le caribou forestier et d’autres espèces menacées ce qui implique la soustraction à l’industrie d’un certain nombre de territoires, du financement et des effectifs.

Pour passer d’un modèle forestier extractiviste à un modèle climatiste

  • Remplacera l’approche de « coupe par mosaïque » par une approche au cas par cas, en fonction du territoire, de son utilisation et de ses caractéristiques tout en considérant l’impact de la construction de la route sur l’impossibilité de reboiser cette portion de territoire et son impact sur la faune et sa biodiversité ;
  • Reverra la pertinence de rembourser les chemins forestiers à la lumière de l’approche au cas par cas, mais également à la lumière de la rentabilité de l’activité pour le citoyen-contribuable-propriétaire ;
  • Exigera une maximisation de la transformation du bois de nos forêts pour en faire des produits à plus forte valeur ajoutée en remplacement de produits qui émettent davantage de GES ;
  • Donnera la priorité à la consommation du bois issu de nos forêts au marché québécois en réservant une grande partie du bois de nos forêts pour l’utilisation finale ici au Québec et n’exportera que les surplus ;
  • Exigera pour la part de bois exporté qu’il soit transformé en produits à plus forte valeur ajoutée ;
  • Donnera plus de mordant à la Charte du bois ;
    • Obligera l’État québécois à donner l’exemple pour la construction des écoles, CHSLD, hôpitaux, bureaux, centres sportifs (aréna, piscine, stade, etc.), ponts et viaducs, etc. ;
    • Exigera une solution bois pour tout projet qui bénéficie d’une subvention directe ou indirecte de l’État lorsque cela est possible ;
    • Lancera un projet pilote de construction de viaducs en bois ;
    • Documentera la réduction des émissions de GES en lien avec l’augmentation de la construction en bois ;
    • Modifiera les codes de construction pour se maintenir à la fine pointe des technologies et enlèvera toutes les barrières administratives et technocratiques à la construction en bois ;
    • Investira en recherche et développement pour pousser plus loin la construction en bois afin que le Québec devienne un leader en la matière.

Chapitre 5 : Mieux d’État pour répondre à la crise climatique

L’État doit se transformer pour répondre à la crise climatique. Cette dernière touche à tous les pans de notre société. Ce sont les fondements mêmes de la gestion de l’État qui doivent être remis en question. La source de la crise climatique c’est l’adoption par nos dirigeants d’une philosophie de gestion de l’État jovialiste et à courte vue agissant comme si les ressources naturelles et la croissance économique étaient infinies. Comme si la « théorie économique du ruissellement », soutenant que favoriser les plus riches entraine automatiquement un accroissement de la richesse de tous par ruissellement du haut vers le bas, pouvait tenir la route. Comme si la théorie du néolibéralisme, prônant une déréglementation à outrance et la réduction continuelle du rôle de l’État pour laisser la place aux mécanismes du marché qui devraient s’équilibrer par la « main invisible », pouvait contenir la cupidité des dominants. C’est une théorie totalement loufoque qui a été érigée en dogme incontestable par ceux-là mêmes qui en profitent.

Cette théorie du néolibéralisme, qui a été suivie aveuglément par trop de gouvernements, a accru de façon scandaleuse l’écart entre les riches et les pauvres. La crise climatique ne va qu’amplifier cet écart déjà insoutenable si l’État n’intervient pas pour rééquilibrer les forces en présence. Il est temps de mettre fin au règne des lobbys qui s’affairent à dicter l’agenda politique à contre-sens de l’intérêt commun. Il est temps de mettre fin à l’affaiblissement de l’État découlant de la privatisation des services publics, plus coûteux et de moindre qualité pour les contribuables, ce qui finalement ne fait qu’amplifier l’écart entre les riches et les pauvres.

Il est plus que temps que nous reprenions collectivement le contrôle de nos services publics. L’État québécois doit se reprendre en main et rapatrier tous ses pouvoirs. C’est notre meilleur outil pour agir drastiquement et rapidement pour contrer les changements climatiques. L’État est notre seul outil de redistribution de la richesse et notre meilleur moyen afin d’amélioration la qualité de vie de chacun. Il est temps de redonner ses lettres de noblesse à l’État. La République du Québec doit chasser la doctrine dangereuse du néolibéralisme pour faire place à « Mieux d’État », afin de pouvoir agir pour la justice climatique.

Nous aurons besoin d’un État agile, efficace et compétent. Un État dont le rôle sera de favoriser l’équité et l’intégrité du système. Un État qui sera proactif pour prévenir les risques liés aux changements climatiques sur les territoires et pour réparer les dégâts pour ceux et celles qui auront subi les foudres de la nature.  

Un gouvernement de Climat Québec dans un premier mandat

Pour que l’État soit cohérent face à la crise climatique

  • Considérera les émissions de GES dans toutes les décisions économiques de l’État, c’est-à-dire évaluer les émissions de GES de toutes les alternatives et de tous les projets financés directement et/ou indirectement par l’État ce qui inclut les sociétés d’État ;
  • Mettra à jour les émissions de GES du gaz naturel en tenant compte des émissions à la production, c’est-à-dire à l’extraction. Il développera donc un nouvel indicateur pour le gaz naturel non conventionnel par fracturation basé sur les études déjà existantes. Il y aura trois indicateurs pour le gaz naturel en fonction d’un procédé conventionnel, non conventionnel par fracturation et pour le gaz naturel renouvelable (GNR) ;   
  • Mettra fin à toutes les subventions directes et indirectes aux énergies fossiles ;
  • Obligera la Caisse de dépôt et placement, Investissement Québec et tous les bras financiers de l’État à rendre publics tous leurs placements directs et indirects dans les énergies fossiles et les obligera à désinvestir de toutes les entreprises d’énergie fossile et leurs fournisseurs sur un horizon de trois ans ;
  • Financera et documentera le cycle de vie des produits et rendra publique l’information ;
  • Contrera l’obsolescence programmée des produits ;
  • Rendra obligatoire l’étiquetage de l’empreinte carbone des produits et services.

Pour que l’État agisse de façon proactive face aux conséquences prévisibles des chocs climatiques afin que nos villes et régions soient plus résilientes

Le réchauffement climatique augmente déjà la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles. Nous ferons inévitablement face aux conséquences de ce réchauffement, mais nous pouvons encore influencer son intensité et éviter le pire en agissant rapidement. Ces conséquences se font déjà sentir sur nos infrastructures, sur notre territoire et sur notre santé. Avec le réchauffement des températures, les insectes migrent vers le nord et apportent des maladies encore récemment pas ou peu présentes sur notre territoire comme la maladie de Lyme, le virus du Nil ou des maladies comme le Zika ou la Dengue. De plus, avec la déforestation et l’étalement urbain, les humains sont de plus en plus en contact avec des animaux sauvages. Ceux-ci peuvent être porteurs de virus qui se transmettent à l’humain qui n’a pas eu le temps de développer des anticorps pour y faire face. Le risque de pandémie va augmenter dans les prochaines années et nous avons déjà constaté que notre système de santé n’est pas organisé pour y faire face.

Les catastrophes climatiques et leurs conséquences vont augmenter le nombre de migrants qui se déplaceront à la suite de la perte de leur habitation provoquée par une inondation, une tempête, un tsunami, des feux de forêt, la famine découlant d’une sécheresse ou d’une perte de récoltes et autres. Les réfugiés climatiques se feront de plus en plus nombreux. L’État devra s’adapter à cette nouvelle réalité et assurer la cohésion sociale.

  • Cartographiera l’ensemble du territoire du Québec afin d’identifier les zones les plus sensibles aux chocs climatiques et renforcera les infrastructures les plus vulnérables ;
  • Nommera un urbaniste en chef et un architecte en chef afin d’assurer une planification urbaine et architecturale qui prennent en considération les changements climatiques et qui favorisent notre diminution de GES ;
  • Mettra en place des plans d’intervention civile et des programmes de compensation financière pour faire face aux conséquences des catastrophes naturelles ;
  • S’assurera que les personnes seules et les familles aient accès à un logement abordable en développant de nouveaux logements sociaux en fonction des besoins de chacune des régions du Grand Nord, où il faut considérer la fonte possible du pergélisol, et les grands froids au centre-ville de Montréal avec ses épisodes de chaleur extrême de plus en plus nombreux ;
  • Verra à la mise en place de lieux de refuge dans les bâtiments libres comme les églises et les édifices gouvernementaux.

C’est connu de tous, notre système de santé bat de l’aile. Les coupures de personnel et de financement répétées, la privatisation de grands pans du réseau ainsi que la centralisation à l’extrême ont grandement détérioré et fragilisé le réseau. L’impact se ressent dans les services aux patients en matière de qualité et de délais qui sont devenus carrément intolérables. Avec les risques accrus de pandémies, de catastrophes naturelles meurtrières et avec les nouvelles maladies liées au réchauffement climatique, il y a urgence à redresser le fonctionnement de notre système de santé et à reprendre le contrôle de ce service public essentiel.

  • Dans le secteur de la santé, décentralisera le réseau pour améliorer l’accès aux citoyennes et citoyens et opérera un virage vers la prévention et la qualité des services publics. 
    • Mettra en place une vaste campagne d’information auprès du public pour la sensibilisation aux nouvelles maladies liées à la crise climatique ;
    • Formera les différents intervenants en santé, médecins, infirmières, spécialistes sur les nouvelles maladies liées à la crise climatique, leurs symptômes et la façon de les traiter ;
    • Préparera l’État à faire face à de nouvelles pandémies :
      • Réalisera une vaste enquête publique sur la gestion gouvernementale de la pandémie de coronavirus en documentant avec des faits, les raisons du manque de préparation de la Santé publique pour faire face à une pandémie, la pertinence et l’efficacité des différentes mesures, la capacité de l’État à réagir dans des secteurs très précis que sont l’approvisionnement en masques, uniformes, tests de dépistage, vaccins ou médicaments et notre capacité à les fabriquer sur place. Il est aussi important d’analyser l’impact et la pertinence des actions (confinement, passeport vaccinal, couvre-feu, fermeture complète ou partielle d’établissements, etc.) sur les différentes catégories de la population (personnes âgées, étudiants, travailleurs essentiels) et les différents secteurs économiques (restauration, culture, secteur manufacturier, secteur des services, etc.). Seront aussi analysés l’intégrité, l’exactitude et la cohérence des données utilisées pour prendre et justifier des décisions ;
      • Élaborera des plans de contingence liés aux risques de futures pandémies (tant pour les volets préventif, prédictif que réactif) et analysera l’impact des crises potentielles pour définir des modes d’action à l’avance afin d’avoir en temps opportun, des réponses appropriées et efficaces aux besoins des populations touchées. Ce plan devra être ajusté en fonction des conclusions de l’enquête publique ;
      • Reprendra le contrôle public des CHSLD afin d’assurer un meilleur service à nos aînés. Rendra imputables les gestionnaires et mettra en place une série d’indicateurs publics sous la responsabilité de la directrice ou du directeur d’établissement.
    • Mettra en place l’ensemble des services nécessaires au maintien à domicile de nos ainés que ce soit pour la prise de médicaments, les soins corporels, les visites régulières d’infirmières et au besoin de médecins, les visites de spécialistes, ergothérapeutes, psychologues, etc.  Appuiera financièrement les aidants naturels tant au niveau de l’adaptation de la résidence qu’au niveau de la disponibilité nécessaire pour le patient ;
    • Mettra en place des cliniques d’infirmières de style « SABSA » dans tous les CLSC 24-7. Sortira les CLSC de la grosse structure lourde des CIUSS pour les rattacher directement au ministre via un sous-ministre responsable de la prévention ;
    • Favorisera l’intégration des connaissances médicales occidentales aux connaissances ancestrales, notamment des premières nations, pour maximiser l’utilisation de la médecine douce liée aux plantes, à l’alimentation et à l’exercice avant l’utilisation de médicaments ;
    • Reprendra le contrôle public des cliniques familiales et réorientera la médecine familiale vers une pratique priorisant la prévention avant la pratique curative ;
    • Facilitera la reconnaissance des diplômes des immigrants du secteur de la santé pour augmenter le bassin de la main-d’œuvre disponible.
  • Dans le secteur de l’immigration, mettra en place un nouveau système qui permettra d’assurer un meilleur accueil aux immigrants, de faire face à l’arrivée de réfugiés climatiques et d’assurer une meilleure cohésion sociale ;
    • Agira sur le plan international pour définir une nouvelle catégorie de réfugiés : les réfugiés climatiques ;
    • Mettra en place les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires pour accueillir les immigrants au Québec ;
    • Mettra en place une cérémonie pour la citoyenneté québécoise avec un serment au peuple de la République du Québec ;
    • Respectera des délais de traitement des demandes ;
    • Réduira les délais d’obtention de permis de travail pour les demandeurs d’asile à titre de réfugiés climatiques et politiques ;
    • Financera et rendra obligatoire les cours de francisation et d’orientation (connaissance du système juridique, de la culture et de l’histoire du Québec) avec la prise en charge globale des immigrants « style COFI » pour favoriser une pleine participation des nouveaux arrivants à la société québécoise ;
    • Reverra le processus de reconnaissance des diplômes pour maximiser l’utilisation des compétences.
  • Dans le secteur de l’éducation, intégrera à tous les niveaux du primaire jusqu’au postdoctorat, une connaissance de la crise climatique, soit ses origines, ses impacts et ses solutions :
    • Reverra tous les budgets de recherche pour maximiser leurs impacts pour les populations et non pour les entreprises privées ;
    • Mettra fin aux recherches et chaires de recherche liées aux combustibles fossiles ;
    • Déploiera un effort de recherche important sur la crise climatique, que ce soit au niveau agricole, forestier, technologique, de la santé ou autre ;
    • S’assurera que les résultats de la recherche financée par l’État restent la propriété de l’État. Les résultats peuvent être licenciés dans une formule gagnante pour l’État ;
    • Redonnera à nos universités le mandat de la valorisation et de l’importance du service public et du rôle de l’État ;
    • Mettra fin à la marchandisation et au marketing à l’intérieur même des murs des institutions d’enseignement qui constituent une véritable dérive de leur rôle que ce soit par des commandites pour des noms de salles, de chaires de recherche, de pavillons ou autres ;
    • Revalorisera le rôle des enseignantes et des enseignants en reconnaissant l’importance qu’ils ont dans la préparation des futures générations :
      • Engagera les différents spécialistes nécessaires pour appuyer les enseignantes et les enseignants dans leur travail : ergothérapeutes, travailleuses sociales, psychologues, etc. ;
      • Permettra aux enseignantes et enseignants du primaire et du secondaire de prendre des sessions sabbatiques au cours de leur carrière pour se ressourcer, faire de la recherche et développer les connaissances dans leur domaine ;
      • Donnera une certaine autonomie à l’équipe-école dans la préparation et la livraison des programmes ;
      • Diminuera le ratio élèves/enseignant au secondaire ;
      • Favorisera la mobilité sur l’ensemble du territoire.
    • Assurera le fonctionnement et l’accès aux institutions d’éducation dans la langue officielle à tous les citoyens sur le territoire pour améliorer la cohésion sociale.  Dans un souci de respect des minorités historiques, un accès en langue autochtone et anglaise sera assuré pour ces populations ;
    • Rééquilibrera le financement des institutions postsecondaires proportionnellement au poids démographique de la population sur une période de 3 ans. D’ici à ce que le rééquilibrage soit réalisé, Climat Québec appuiera la mise en place de la loi 101 au cégep pour réduire l’anglicisation en cours des étudiants ;
    • Révisera le programme d’histoire à tous les niveaux afin de remplacer le récit actuel du point de vue du conquérant britannico-canadien par celui vécu par les habitants du territoire du pays du Québec ;
    • Reprendra le contrôle public des garderies privées subventionnées pour les intégrer dans le réseau des CPE et développer ce réseau afin que chaque enfant ait une place.

Pour que l’État reprenne le contrôle de nos services publics

L’État est notre seul outil collectif capable d’agir pour réduire la crise climatique et y faire face. Il nous faut sa puissance pour opérer les transformations nécessaires. Il a été malmené depuis plus d’une vingtaine d’années au profit de la privatisation et de l’enrichissement d’actionnaires de certaines entreprises privées par des politiques de déficit zéro, de coupure de personnel et d’impartition qui ont grandement affecté la qualité des services rendus. Il est donc indispensable d’améliorer son agilité, son efficacité, sa compétence et sa transparence.

L’État est également le gardien de la cohésion sociale. Cette cohésion sociale sera assurée par le respect de notre langue officielle, la langue française, et par la laïcité de l’État. La Charte de la langue française a été mise en lambeaux par de nombreuses décisions de la Cour suprême du Canada auxquelles se sont pliés les différents gouvernements provinciaux. Elle doit être restaurée à son niveau d’origine et même améliorée pour que nous sortions du bilinguisme institutionnel d’apparat du Canada par la mise en place d’une seule langue officielle comme la très vaste majorité des pays.

La laïcité de l’État permettra à l’État de traiter tous les citoyens sur le même pied d’égalité, peu importe leur origine ou leur croyance. Nous avons discuté collectivement depuis plus de 15 ans de la façon dont cette laïcité devrait s’exercer. Ces discussions n’ont pas toujours été faciles et elles ont conduit à quelques reprises à des dérapages et des dérives publiques qui ont envenimé le débat et qui ont fragilisé la cohésion sociale. Nous avons réussi, malgré tout, après quelques essais, à nous entendre majoritairement sur une loi qui établit un certain nombre de règles pour gérer la façon dont doit s’exercer la laïcité de l’État. Ces règles ne font pas l’unanimité, certains trouvent qu’elles vont trop loin d’autres pas assez loin, mais elles font l’objet d’un large consensus. À ce stade-ci, il serait irresponsable de rouvrir le débat sur cet enjeu si sensible et clivant alors que la priorité va à la mobilisation générale pour le climat et l’indépendance. Laissons une bonne dizaine d’années d’application de la loi afin de pouvoir observer les impacts tant positifs que négatifs avant d’en tirer des conclusions. D’ici là, tant que nous serons une province canadienne soumise à l’autorité centrale et à sa constitution multiculturaliste et bilingue, il est juste normal que le gouvernement provincial du Québec se porte à la défense de sa légitimité à gérer son État et de chacune des lois votées démocratiquement par l’Assemblée nationale. Dès que nous changerons de statut pour passer de province à pays, ces pertes d’énergies continuelles à défendre notre légitimité seront choses du passé.

La lutte au réchauffement climatique, ainsi que la mise sur pied des différentes structures indispensables à un État souverain, seront au cœur de notre action. Tout en opérant ces changements structuraux considérables, nous devrons gérer l’État au quotidien dans une perspective de reprise de contrôle de nos services publics et de diminution de l’écart entre les riches et les pauvres en nous dotant du « Mieux d’État » pour faire face à la crise climatique et ses conséquences.

  • Dans le secteur de l’information, développera des sources d’informations publiques sur l’ensemble du territoire. L’information est la pierre angulaire d’une société proactive. Pour contrer les peurs qui paralysent l’action trop souvent découlant de l’ignorance, il est important de faire circuler les connaissances.  La transparence et les connaissances sont les meilleurs antidotes à la peur :
    • Fera de Télé-Québec la seule société d’État de télévision, de radio diffusion et d’information internet de la République du Québec en intégrant le secteur francophone de Radio-Canada à Télé-Québec ;
    • Instaurera une antenne régionale de Télé-Québec dans chacune des régions du Québec pour alimenter des bulletins régionaux d’information à la chaîne d’information en continu de Télé-Québec, TQI (Télé-Québec Information) et les télés et radiojournaux de la chaîne générale ;
    • Financera à leur juste valeur les radios et les journaux communautaires ;
    • Rendra l’internet haute vitesse disponible dans toutes les régions au même tarif comme pour l’électricité avec le pacte social.
  • Consolidera le rôle d’Hydro-Québec dans la gestion énergétique sur le territoire du Québec tant au niveau de la production, du transport que de la distribution d’électricité verte :
    • Confiera à Hydro-Québec la propriété et la gestion de la production d’électricité de toutes les sources d’énergie renouvelable ;
    • S’assurera d’un retour juste et équitable aux collectivités touchées par les projets énergétiques ;
    • Redonnera à Hydro-Québec un rôle de premier plan dans le domaine de l’innovation énergétique.

Les changements climatiques occasionneront à la fois des périodes de sécheresse et une augmentation de l’intensité des pluies. Des difficultés d’approvisionnement en eau potable apparaissent alors que des milliers de déversements d’eaux usées non traitées dans les cours d’eau se produisent. Les rivières deviennent alors des égouts; les systèmes ne suffisent plus. La qualité de l’eau des lacs, des rivières et du fleuve est souvent si mauvaise qu’on ne peut s’y baigner sans courir le risque de développer une maladie. Les eaux, à la sortie d’un système d’assainissement, contiennent encore une multitude de contaminants nocifs. Ces mêmes eaux se retrouvent dans des prises d’eau potable en aval et contaminent les milieux aquatiques.

  • L’eau est une ressource vitale dont le statut de bien commun doit être protégé et renforcé.  Il est indispensable pour la santé des écosystèmes et des citoyens de mettre en place des mesures de protection, d’accès, de traitement, de suivi et contrôle pour assurer la qualité et la pérennité de cette ressource essentielle à la vie :
    • Maintiendra complètement publique la gestion de l’eau municipale ;
    • Implantera un certain nombre de compteurs d’eau industriels et commerciaux ainsi que par quartier gérés par les municipalités pour suivre et contrôler la quantité d’eau utilisée. Interdira l’implantation de compteurs d’eau résidentiels, car ils favorisent la privatisation de la gestion de l’eau ;
    • Mettra en place la Société québécoise des eaux (SQE), qui relèvera du ministère de l’Environnement, avec le financement nécessaire à la réalisation de son mandat. Elle :
      • Fournira l’expertise aux municipalités pour l’entretien, l’agrandissement des usines d’eau potable, d’épuration des eaux et différentes infrastructures reliées à la gestion des eaux tels les bassins de rétention ;
      • Mettra en place un programme d’implantation des usines de désinfection des eaux usées et assurera son suivi ;
      • Assurera un suivi à l’intrant et à l’extrant pour les plus gros consommateurs d’eau tant au niveau de la quantité que de la qualité.
    • Mettra fin au programme de fluoration de l’eau de la Santé publique qui ne fait qu’ajouter un produit toxique sans réel effet sur la santé dentaire. D’autres moyens seront utilisés telle la distribution de pâte à dent fluorée dans les quartiers défavorisés ;
    • Favorisera et réglementera l’utilisation d’équipements qui permettent des économies d’eau ;
    • Favorisera la diminution de consommation de bouteilles d’eau. La vente d’eau embouteillée sera interdite dans les écoles, les hôpitaux et les parcs en garantissant un accès à l’eau potable à la fontaine ;
    • Augmentera la redevance pour les embouteilleurs d’eau proportionnellement à leurs revenus ;
    • Mettra en place un vaste programme de surveillance des cyanobactéries et rendra l’information publique et transparente ;
    • Travaillera en collaboration avec les agriculteurs pour diminuer la pollution agricole des eaux par la mise en place de pratiques compatibles avec le milieu et avec sa capacité de support, de réduction de l’usage de pesticides et d’engrais chimiques et de préservation de bandes riveraines.
  • Pour garantir un maximum d’autonomie numérique, car les datas sont de plus en plus à la base de la connaissance, l’État priorisera l’utilisation de logiciels libres et ouverts, sera propriétaire des infrastructures entreposant ses bases de données, développera son expertise interne et au besoin développera des applications en lien avec les services qu’il rend aux citoyens ;
  • L’État devra également s’assurer que le milieu culturel québécois, à la base même de l’âme d’un pays et important vecteur de changement, reçoive la diffusion et les revenus auxquels ils sont légitimes d’aspirer des différentes plateformes numériques ;
  • Pour une équité fiscale qui permettra de dégager des fonds qui pourront être investis dans la lutte au réchauffement climatique :
    • Rendra illégal l’évitement fiscal dans les paradis fiscaux ;
    • S’assurera que les GAFA et les grosses corporations paient des taxes et des impôts en lien avec leurs activités sur le territoire du Québec.
  • Pour un système de justice accessible et équitable :
    • Favorisera la médiation plutôt que la judiciarisation ;
    • Assurera l’accès à tous au système de justice, ce qui implique de revoir les pratiques qui deviennent des barrières à l’entrée liées aux coûts ;
    • Reverra les pratiques et engagera le personnel nécessaire pour réduire de façon considérable les délais et les coûts des procédures ;
    • Développera le concept de justice réparatrice.


Chapitre 6 : La République du Québec sera un pays chef de file dans la lutte mondiale contre la crise climatique

Pour comparer l’empreinte climatique des pays, il est essentiel de ne pas regarder uniquement les émissions globales, car le nombre d’habitants par pays a beaucoup d’impact. C’est l’indicateur des émissions de GES par habitant qu’il faut considérer, car chaque être humain a droit à la vie, à la dignité et à une qualité de vie. Les pays qui ont les plus grosses empreintes climatiques par habitant devraient faire le ménage dans leur cour avant de faire la leçon aux autres pays moins émetteurs qu’eux par habitant.

Le Québec, avec ses 8 millions d’habitants, représente 0,1 % de la population mondiale. Actuellement, le Québec est la province la moins émettrice de GES au Canada, en plus d’émettre moins que chacun des différents états des États-Unis. Cependant, il ne faut pas se réjouir de ce résultat, car le Canada et les États-Unis sont parmi les 5 plus grands émetteurs de GES par habitant. Se comparer aux pires n’est pas la bonne façon de s’améliorer.

Sources : Atlasocio.com 2018 pour tous les pays (en gris) et l’Inventaire québécois des émissions de GES en 2018 et leur évolution depuis 1990 pour Canada sans Québec et Québec (en orange et bleu)[8].

Pour ces émissions de CO2, le Québec émet moins par habitant que l’Allemagne, la Finlande et la Norvège mais plus que la Chine, l’Angleterre, la France, la Suède, l’Inde et une centaine d’autres pays. Il est donc nécessaire de faire le ménage dans notre propre cour et nous avons des outils extraordinaires comme notre électricité verte et notre savoir-faire pour réussir. Nous n’attendrons pas les grandes négociations internationales qui n’aboutissent pas à force de sabotage et de mauvaise foi. Nous agirons sur notre territoire dès notre élection avec un plan drastique et rapide de diminution des émissions de GES pour atteindre zéro émission nette sur notre territoire dès 2030. Nous ne craindrons pas de prendre l’initiative et d’être un précurseur. Nous ne pouvons plus justifier notre immobilisme par celui des autres. Si un pays comme le nôtre qui a tous les atouts pour réussir n’agit pas sous prétexte que ce serait « une goutte d’eau dans l’océan », rien ne se fera et nous regarderons les catastrophes se multiplier et s’amplifier, victimes de notre propre turpitude. Au contraire, il faut montrer l’exemple, il faut défricher le chemin pour donner le goût et l’espoir à d’autres pays d’emboîter le pas. Nous travaillerons avec les pays qui ont la même volonté d’agir sur leur territoire pour bâtir des modèles qui pourront servir d’inspiration. Il faut bien commencer quelque part et nous avons la responsabilité collective de faire en sorte que notre 0,1 % de population atteigne l’objectif de zéro émission nette sur son territoire parmi les premiers de la planète.

Dans un premier mandat, un gouvernement de Climat Québec :

  • Participera à tous les forums internationaux sur le climat pour s’informer des nouveaux développements et pour sensibiliser les acteurs à la nécessité d’agir maintenant sur leur territoire respectif ;
  • Fera des représentations à l’ONU ainsi que dans différents forums pour distinguer le gaz naturel conventionnel du gaz non conventionnel issu de la fracturation ainsi que du gaz naturel renouvelable (GNR) et de l’utilisation de trois indicateurs pour quantifier les émissions de GES ;
  • Travaillera de concert avec les pays progressistes pour faire échec aux paradis fiscaux qui font perdre d’énormes revenus aux gouvernements au détriment de la lutte au réchauffement climatique et d’une meilleure redistribution de la richesse. Selon une analyse du groupe « Canadiens pour une fiscalité équitable », 380 milliards de dollars $ ont été cachés dans les paradis fiscaux par les entreprises canadiennes en 2019 (l’information pour le Québec spécifiquement n’était pas disponible) ;
  • Travaillera particulièrement avec les pays nordiques et ceux de la francophonie par des échanges bilatéraux ou multilatéraux pour agir contre la crise climatique ;
  • Fera des démarches à l’ONU et auprès des pays pour la définition et la reconnaissance internationale du statut de réfugié climatique;
  • Lors de la renégociation ou de la négociation de traités et d’accords internationaux, travaillera à inclure des engagements liés à la crise climatique, au respect de l’environnement, aux droits fondamentaux de la personne et du travail. À la même occasion, retirera les clauses « investisseurs » qui permettent aux compagnies de poursuivre les gouvernements, une atteinte directe à la démocratie et la souveraineté des États.

[1] Les graphiques ont été mis à jour avec les dernières données disponibles, soit celles de 2019 avec l’Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre 2019 et leur évolution depuis 1990 alors que la proposition de programme présentait les données de 2017

[2] Selon un mémoire de la FTQ en 2013 déposé lors de la Commission sur le déclassement de la centrale nucléaire

[3] P. J. Gerber, H. Steinfeld et al, Lutter contre le changement climatique grâce à l’élevage – Une évaluation des émissions et des opportunités d’atténuation au niveau mondial, Organisation des Nations Unies, Rome, 2014.

[4] Émission enquête

[5] Malcolm, Jay R, Bjart Holtsmark et Paul W Piascik, « Forest harvesting and the carbon debt in boreal east-central Canada », avril 2020, Climatic Change, 161, p. 443-449.

[6] https://www.greenpeace.org/canada/fr/histoires/339/ce-que-vous-ne-savez-peut-etre-pas-a-propos-de-la-foret-boreale/

[7] La valeur économique des écosystèmes du Mont Kaaikop, Une analyse de la contribution des écosystèmes et de la biodiversité au bien-être humain, janvier 2019, par éco2urb.

[8] Pour fins de comparaison, les données étant peu disponibles pour les GES mondiales, ce sont les données les plus récentes pour le CO2 (principal composant des GES) qui sont comparées ici pour différents pays en 2018.