Anne-Marie Tougas, Sainte-Rose

Anne-Marie Tougas est née à proximité du boulevard René-Lévesque Est, tout près du siège social d’Hydro-Québec à Montréal dans l’arrondissement de Ville-Marie. Elle y a vécu les quatre premiers mois de sa vie en face de l’actuel square Viger.

Trois années plus tard, sa famille achète sa première maison dans le magnifique secteur de la Seigneurie à Boucherville, sur la Rive-Sud du fleuve. L’air sent bon les blés mouillés, et les fermes laitières sont encore bien actives en périphérie du Vieux-Village. Quelques vaches et des moutons broutent au loin dans les grands champs à découvert. Elle peut d’ailleurs les apercevoir au travers de la fenêtre, debout, dans son petit lit d’enfant.

Boucherville est pittoresque avec son long fleuve tranquille, ses ruisseaux poissonneux et ses îles séculaires où pousse le fameux « blé d’inde » de la ferme Pronovost.

Un jour, au cours d’un début d’été fabuleux enrichi des couleurs et des odeurs issues de la terre, sont apparues d’énormes cheminées sur la rive opposée du fleuve. Elles crachaient le feu dans un ronron terrifiant et continu. Enfants, ils ont observé ces monstres de l’ère moderne en espérant qu’ils pourraient, encore et encore, venir manger des glaces avec leurs parents avant que tout soit emporté et brûlé par l’indomptable gueule du dragon figurant ici, comme le plus grand complexe de raffinage de pétrole au Canada pour cette époque.

Elle se souvient de l’explication de son père : « C’est du pétrole pour faire rouler nos autos. »

Ce soir-là, les lèvres encore couvertes de glace à la vanille, elle a fait la promesse à son père que jamais elle n’aurait de véhicule, de toute sa vie.

Et, à ce jour, elle n’a jamais brisé sa promesse.

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