L’arrivée triomphale de Donald Trump à la présidence des États-Unis a bouleversé la dynamique des relations internationales. Avec ses discours provocateurs et son slogan « America First », Trump fait du protectionnisme la pierre angulaire de sa vision d’État. Bien que les États-Unis aient toujours été protectionnistes dans les faits – comme en témoigne leur Buy American Act – Trump a abandonné toute prétention de respect des accords de libre-échange. Qu’il s’agisse des tarifs douaniers de 25 %, du resserrement sur l’immigration ou du désengagement pour le climat au bénéfice de l’industrie fossile, la diplomatie de provocations et de menaces est devenue sa marque de commerce.
Alors que les élus et les lobbys s’affairent à protéger leurs intérêts, pourquoi ne pas transformer ces menaces en opportunités pour le bien commun? À nous de faire du judo économique avec Trump et de tourner son protectionnisme à notre avantage.
Fini les déchets toxiques US à Blainville
Trump veut un protectionnisme renforcé? Qu’il garde ses déchets toxiques chez lui. Actuellement, jusqu’à 45 % des déchets toxiques enfouis chez Stablex à Blainville proviennent des États-Unis. Stablex, propriété d’une multinationale américaine dont Bill Gates est le principal bénéficiaire ultime, offre une porte de sortie aux pollueurs américains qui cherchent à échapper à leurs lois nationales. Aux États-Unis, les producteurs de déchets toxiques sont responsables à perpétuité de leurs déchets. Mais une fois les déchets traversés la frontière, ces obligations disparaissent. Un beau stratagème d’exploitation de notre territoire pour éviter leurs responsabilités environnementales. Fermons cette porte une fois pour toutes.
Déchirons les 2 contrats d’électricité aux US et arrêtons les importations de gaz US
Pour livrer les 20 TWh promis des deux contrats d’exportation d’électricité vers Boston et New-York, nous serons obligés de construire de nouvelles capacités de production à un coût de 11 ¢/kWh, alors que nous leur vendrons à près de 7 ¢/kWh. Cela représente une perte de 4 ¢/kWh, soit une perte de plus de 16 G$ au total. Ce gaspillage est une vraie honte. Gardons notre extraordinaire électricité ici pour nos PME et usines afin d’éliminer, premièrement, le gaz américain et canadien et, deuxièmement, le pétrole. Cela bénéficiera à notre économie et à notre environnement.
Bois, aluminium, minerais : arrêtons d’exporter des 2×4 et des lingots aux US
Que ce soit pour la forêt, l’aluminium ou les mines, nous devons exiger un maximum de transformation et de consommation chez nous. Par exemple, en interdisant l’exportation de 2×4 pour favoriser des produits du bois de 2e et 3e transformation utilisés prioritairement au Québec, nous mettrons fin à notre dépendance aux marchés américains. Idem pour l’aluminium et les mines. Voilà une nouvelle vision de développement qui nous permettra d’atteindre les mêmes valeurs de production avec plus d’emplois et moins de ressources naturelles.
Choisissons de bâtir une économie humaine plus juste et plus résiliente plutôt que de faire le jeu des lobbys avec la guerre des tarifs.
Martine Ouellet, ing.MBA
Cheffe de Climat Québec, ancienne ministre des Ressources naturelles et ancienne cadre chez Hydro-Québec.