Le climat doit être au centre des décisions, estime Martine Ouellet

Stéphane Blais, La Presse canadienne, 19 septembre 2022

La cheffe de Climat Québec, Martine Ouellet, veut « faire du climat le prisme à travers lequel tous les autres enjeux seront évalués », et s’en prend aux autres partis, qui sont, selon elle, dans le « déni climatique ».

Lundi soir, un débat sur « l’économie verte » est organisé par Réseau Environnement à l’Université du Québec à Montréal. Des représentants de quatre partis seront présents, dont le ministre sortant de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette.

Mais Martine Ouellet n’y participera pas, puisqu’elle n’a pas été invitée.

« C’est un déficit démocratique, c’est vraiment dommage et ce n’est pas très respectueux des partis. Souvent, on n’est pas invité sous de faux prétextes à ce genre de débat-là », a déploré l’ancienne ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement de Pauline Marois.

« Les médias et les organisateurs prennent souvent prétexte de juste choisir les partis qui ont des députés à l’Assemblée nationale, mais même ce critère-là, ils ne le respectent pas. Par exemple le Parti conservateur n’avait aucun député élu sous la bannière conservatrice », a fait valoir Martine Ouellet en soulignant qu’Éric Duhaime a été invité aux principaux débats.

En entrevue avec La Presse canadienne, la cheffe de Climat Québec a indiqué que si elle était invitée aux principaux débats, elle en profiterait pour expliquer qu’il faut « faire du climat le prisme à travers lequel tous les autres enjeux seront évalués, que ce soit l’énergie, le développement économique, la santé, le transport, la forêt, l’agriculture, l’aménagement urbain, etc. »

« On ne peut plus autoriser de projets qui viennent empirer la crise climatique. Il faut complètement revoir notre façon de faire le développement économique au Québec », a-t-elle précisé.

Le déni climatique

Martine Ouellet, dont le nouveau parti a déniché 54 candidats, est d’avis « qu’on ne peut plus autoriser de projets qui viennent empirer la crise climatique. Il faut complètement revoir notre façon de faire le développement économique au Québec. »

« La CAQ, ainsi que le PCQ, continuent à nous enfoncer avec des propositions dignes d’un autre siècle telles que le troisième lien, le PLQ et le PQ tentent de prendre le relais en proposant des solutions largement insuffisantes, QS et le PVQ, quant à eux, étiolent leur capacité politique à réellement agir en proposant une panoplie d’engagements hautement diviseurs sur un grand nombre de sujets », a indiqué Mme Ouellet.

Le programme de Climat Québec propose de réduire de 60 % le gaz et le pétrole dans les usines et d’éliminer ce type d’énergie dans les bâtiments commerciaux, institutionnels et résidentiels.

« L’énergie la plus polluante au Québec, c’est le gaz, c’est la première énergie qu’il faut sortir de notre équation énergétique. Ça, c’est la première chose à faire, sortir le gaz des bâtiments, des résidences, des usines », a résumé Martine Ouellet.

Le parti voudrait également investir 5 milliards de dollars par année pour rendre le transport en commun gratuit partout au Québec, développer un projet d’automobiles électriques en libre-service 100 % québécois et réviser la taxe de vente sur les véhicules afin de la moduler en fonction des GES émis.

Mettre au pas les entreprises délinquantes

Martine Ouellet suspendrait les activités de la fonderie Horne à Rouyn-Noranda jusqu’à ce qu’elle se conforme aux normes du Québec.

« Cette entreprise-là continue à envoyer du poison, de l’arsenic, sur la tête des citoyens. Ils vont encore permettre pendant cinq ans. Jamais Climat Québec ne va accepter de marchander la santé de la population », a indiqué celle qui se présente dans la circonscription de Marie-Victorin.

« Ça va déranger certains intérêts économiques en place, mais il ne faut pas s’empêcher de le faire, c’est nécessaire, on n’est pas là pour enrichir certaines entreprises, on est là pour la population, pour les citoyens. »

Climat Québec promet également de fermer l’usine Ciment McInnis de Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, « le plus gros pollueur de GES au Québec ».

Réduire la consommation de viande

S’il était élu, le parti séparatiste favoriserait, « avec tous les moyens de l’État, la production et la consommation locale, les circuits courts, les productions bio et la production en serre ».

Martine Ouellet voudrait également encourager la réduction de la consommation de viande.

« Là où l’État a des contrôles, comme dans les cafétérias des écoles, des hôpitaux, des CHSLD, il faut proposer des menus végétariens. Et au Québec, on est un des plus gros consommateurs de viande au Canada. C’est surprenant, non ? Mais c’est le cas, et donc de réduire notre consommation de viande, c’est une des façons aussi de réduire nos gaz à effet de serre et aussi d’améliorer notre santé », a indiqué la cheffe de Climat Québec.

Interdire les jets privés

Le Parti vert du Québec, un autre parti dont la crise climatique est le cheval de bataille, « demanderait au gouvernement fédéral de prévoir un plan de décroissance de l’industrie aérienne, qui viserait particulièrement les jets privés », selon son chef Alex Tyrrell.

Questionné à ce sujet, un porte-parole de Climat Québec a indiqué que « l’avion est le pire des modes de transport lorsqu’il est question d’émissions de GES et c’est encore plus catastrophique avec les jets privés, car il y a très peu de passagers » et « interdire les jets privés comme mode de transport individuel de confort est la seule solution réaliste, équitable et applicable ». Climat Québec a toutefois précisé qu’il « faudra d’abord sortir du Canada pétrolier pour récupérer tous nos pouvoirs pour mettre en place ce genre de législation au Québec ».

Depuis quelques mois, de nombreuses voix s’élèvent en France pour demander l’encadrement de l’utilisation des jets privés. Le secrétaire national des Verts a d’ailleurs indiqué qu’il déposerait une proposition de loi à l’automne pour les interdire.

Lors de l’élection partielle du printemps dernier dans Marie-Victorin, Martine Ouellet a obtenu 310 voix et 1,9 % des votes. Les récents sondages ne laissent pas entrevoir de scénarios bien différents pour l’ancienne ministre péquiste, qui ne semble toutefois pas se décourager.

« On fait notre première élection générale, on va voir les résultats que ça va donner et c’est une première étape. On ne crée pas un parti politique juste pour une année, c’est un projet d’une dizaine d’années », a indiqué Mme Ouellet.